Cet exercice qui correspond au troisième sujet au choix du baccalauréat ne diffère pas fondamentalement de la dissertation. Il s’agit ici en effet de " commenter la dissertation d’un autre ". Nous vous rappelons l’intitulé de l’épreuve :
" Vous dégagerez l’intérêt philosophique de ce texte en procédant à son étude ordonnée ".
Lire attentivement cet intitulé est important. Il y a une dizaine d’année on vous demandait de " dégager l’intérêt philosophique du texte à partir de son étude ordonnée ". Cela signifiait, et c’est ce que vous pouvez lire dans diverses présentations de méthode que vous deviez faire l’exercice en 2 parties : une partie explication et une partie commentaire.
Le changement de l’intitulé n’est pas un simple effet de style, il signifie que vous devez avant tout expliquer le texte en suivant son ordre d’exposition. A partir de la session 2002, la consigne deviendra ainsi plus explicite encore, puisqu’elle sera la suivante :
« Expliquer le texte suivant : La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. »
Mais que signifie expliquer un texte ?
Expliquer c’est avant tout rendre raison des propos de l’auteur c’est à dire vous demander à chaque phrase et même à chaque mot " Pourquoi l’auteur dit-il cela et non autre chose ? ".
Il ne faut donc pas se contenter de répéter avec son propre vocabulaire ce que le texte dit sinon vous faites ce qu’on appelle une paraphrase.
Vous devez donc trouver tous les arguments qui vont dans le sens de ce que dit le texte.
Et si vous n’êtes pas d’accord ?
Il faut commencer par se dire qu’on ne peut critiquer une pensée qu’une fois qu’on en a saisi très précisément le sens et qu’on l’a exposé. C’est cet exercice qui vous est d’abord demandé. Vous pourrez alors, si vous avez de véritables arguments proposer une discussion avec l’auteur ou discuter certains présupposés ; mais ne vous mettez pas à commencer par critiquer car vous risquez de dévoiler votre non-compréhension du texte.
En résumé : vous devez vous approprier le texte comme s’il s’agissait de votre propre texte pour en saisir les enjeux et l’argumentation.
Le jour de l’écrit du baccalauréat vous n’êtes pas sensé connaître la pensée de l’auteur que vous allez expliquer. N’orientez pas votre choix de sujet en fonction de ce critère, mais lisez attentivement avant de vous déterminer. Lire, ce n’est pas parcourir, c’est noter, au fur et à mesure de votre lecture, ce que vous comprenez.
Il faut alors éviter différents écueils :
- penser que tout est dit dans les premières phrases et qu’ensuite le texte ne fait que se répéter ;
- négliger laisser de côté certains passages qui ne vous semblent pas importants ;
- se laisser conduire par le texte sans en saisir les arguments ;
A l’issue de ces constats et afin de vous aider à avoir devant vous la structure et la composition du texte, vous pouvez le mettre sous la forme d’un tableau dans lequel doivent apparaître tous les éléments du texte (Exemple de tableau de travail à imprimer).
Nous vous disions que qu’il fallait éviter la paraphrase et le contresens. Cela dit, si l’explication de texte ne doit pas consister en une paraphrase, cette dernière peut être utile pour comprendre le texte. Chaque colonne correspond à un niveau d’approche du texte :
1. numérotez chaque phrase ou si celle ci est longue, chaque unité de sens
2. Statut de la phrase : s’agit-il d’une affirmation, d’une négation, d’une interrogation ? Le ton est-il critique, ironique, polémique… ? Y a-t-il un terme d’opposition ? Lequel ?…
3. Qu’est-ce qui est dit ? (Cette colonne correspond à ce que serait une paraphrase) Il ne faut pas alors résumer simplement la phrase du texte mais relever tout ce qui est affirmé.
4. Colonne essentielle : vous relevez ici tous les concepts, mots importants de la phrase et vous y accolez son opposé (voir exemple)
5. Vous notez au fur et à mesure de chaque phrase les exemples, les références, les autres arguments auxquels vous pensez.
A l’issue de votre lecture vous devez avoir sous forme de tableau la totalité du texte. Il faut bien penser que si un texte soutient une thèse, il s’oppose généralement à une thèse adverse, il tend à démontrer quelque chose contre autre chose. Expliquer un texte, c’est montrer la stratégie utilisée par l’auteur pour soutenir sa thèse.
Or, vous pouvez lire tout ceci sur le tableau qui est face à vous, en particulier dans la 4ème colonne, dans laquelle vous trouverez tous les concepts essentiels autour desquels le texte est construit et tous ceux auquel il s’oppose.
Vous aurez devant vous la paraphrase du texte (3ème colonne) qui vous permettra de saisir en permanence ce que le texte dit tout en sachant que cela ne constitue en rien l’explication.
En conséquence, expliquer le texte revient à rendre raison de chaque concept présent dans votre 4ème colonne.
Bien souvent on vous demande de commencer à dégager les mouvements du texte à l’issue de sa lecture, mais vous avez dû remarquer qu’il n’est pas évident de le faire tant qu’on n’a pas compris le texte, ou alors on le fait de manière artificielle. Ce que nous vous proposons avec cet exercice est un moyen de lire attentivement le texte afin de pouvoir mieux en saisir la construction.
Une fois ce travail effectué, il faut aborder l’explication de texte avec devant vous le texte de l’auteur et le tableau que vous avez rempli.
Pour organiser votre développement, ne cherchez pas à construire un plan particulier. Vous avez dégagé les mouvements et l’organisation du texte, vous n’avez alors qu’à les suivre. Vous aurez autant de parties qu’il y a de mouvements. Généralement les textes font entre 15 et 20 lignes et vous ne vous retrouverez pas avec plus de 3 ou 4 parties au grand maximum.
Citez le texte le plus souvent possible, n’écrivez pas plus d’une dizaine de lignes sans avoir cité précisément un mot ou un groupe de mots que vous êtes en train d’expliquer.
Il ne s’agit pas pour autant de recopier une phrase et de l’expliquer ensuite, mais vous devez rédiger des paragraphes comme pour une dissertation.
A l’issue de chaque partie, faites une transition. Son principe est simple : s’il y a encore une partie du texte à expliquer c’est que tout n’a pas été dit. En une phrase faites le bilan de ce que vous avez expliquez, puis annoncez le problème qui se pose encore.
L’essentiel est de suivre le texte mot à mot !
Attention : vous le remarquez, il ne faut pas hésiter à dire les choses trois fois : on dit ce qu’on va dire, on le dit et on dit qu’on l’a dit…
Au cas où un passage vous semblerait obscur, ne le laissez pas de côté en pensant que le correcteur n’y verra rien. Il vaut beaucoup mieux faire part d’une difficulté de compréhension, proposer des lectures différentes que d’ignorer un point qui est certainement important.
Elle ne doit pas être un simple résumé de votre devoir. Bien au contraire, vous avez expliqué un texte, ses arguments et la stratégie de l’auteur ; il se peut alors que certains points vous semblent problématiques ou même discutables. C’est ici que vous pouvez en faire part. Dans ces conditions votre conclusion peut être plus longue que dans une dissertation.
Toutefois, évitez des formules telles que " Platon a tord quand il dit que… " ou encore " Ce texte est assez bien construit… " ou encore " Je suis assez d’accord avec Rousseau…" Ne le dites pas, montrez le, c’est en ceci que consiste l’exercice.
Oui mais n’oubliez pas le texte que vous avez à expliquer. Des rapprochements sont possibles, un auteur peut servir pour construire une critique.
Oui, ceci peut bien sûr vous permettre d’étayer votre développement, mais encore une fois, ne vous laissez pas embarquer et n’oubliez pas le texte
Oui, si on s’entend bien sur le sens de cette expression. Il ne s’agit pas simplement d’émettre une opinion en disant : " je suis d’accord " ou " je ne suis pas d’accord ". Tout jugement doit être justifié. Tel est le travail de l’explication et c’est en ceci que l’exercice n’est pas très éloigné de la dissertation.
Ceci peut bien sûr être utile, mais ne prenez pas le texte pour un prétexte ! Il ne faut pas que le texte soit une occasion pour réciter vos connaissances, ce qui vous conduirait à oublier ce que vous avez à faire : expliquer un passage précis. Ne choisissez pas un texte en vous disant : " Je connais l’auteur, pas de problème… ". Lisez d’abord attentivement et comme le montre Socrate dans les dialogues, il faut faire un effort pour retrouver une naïveté qui rend notre pensée disponible.
Une " méthode " consiste ici à donner des conseils à suivre lorsque l’on est perdu. Vous pouvez avoir appris, au cours de l’année à faire un commentaire en deux parties, une partie explication, une partie commentaire. Fondamentalement cela ne change pas grand chose puisque l’essentiel est de comprendre le texte et de montrer que vous le comprenez.
Le jour du baccalauréat, il n’y a aucun " principe de non lecture " face à une copie. C’est la qualité de la réflexion et donc de l’argumentation qui est évaluée et le nouvel intitulé (Cf. début de la fiche) n’interdit en rien de faire un commentaire en deux parties. Quoiqu’il en soit, vous constaterez de vous-mêmes qu’une bonne copie est toujours bonne qu’elle soit faite en deux parties ou selon la méthode que nous venons de vous exposer. Notre expérience de professeurs de philosophie et de correcteurs d’examens n’a cessé de nous le montrer.
Vous n’aurez pas le temps en 4 heures de rédiger entièrement votre devoir au brouillon. Rédigez par contre soigneusement votre introduction, c’est le premier contact que le correcteur a avec votre copie !
Quand vous rédigez, ayez toujours le plan du texte devant vous, cela vous permettra de savoir à tout moment où vous en êtes de votre explication.
Barrez dans votre tableau, au fur et à mesure, tous les concepts que vous avez expliqués afin d’être sûr de ne rien oublier.
Aérez votre copie, faites des paragraphes, passez des lignes entre l’introduction et le développement…
Relisez attentivement votre copie ¼ d’heure avant la fin de l’épreuve.
Vous n’êtes pas dans l’obligation de faire le tableau que nous vous proposons, mais notre expérience nous a montré qu’il s’agissait pour les élèves d’un bon moyen pour aborder un texte.
On vous demande avant tout de montrer que vous êtes capables de penser face à la pensée d’un autre, d’en saisir les enjeux et les difficultés. On ne pénalisera jamais un candidat qui fait cet effort, qui tente de se battre avec un texte car nous savons tous qu’il est difficile de penser bien…